Une belle journée en cet été 2017, je décide avec mes parents de partir à la découverte d’un endroit mystique et mystérieux du canton de Fribourg. Il s’agit de l’Ermitage de la Madeleine, également connu sous le nom des Grottes de la Madeleine, un ancien lieu sacré entièrement creusé dans la falaise au-dessus du lac de Schiffenen.
Le point de départ de notre balade se trouve à la gare de La Poya à la sortie de Fribourg en direction de Berne. Notre chemin nous mène à travers champs et forêts jusqu’au pont du chemin de fer. Là, un panneau nous indique déjà que notre destination est un ermitage unique en son genre, entièrement taillé dans la molasse par deux ermites de 1680 à 1708.
Le chemin jusqu’à l’ermitage est rythmé par des stations musicales. Le Sinn- und Klangweg est un sentier pédestre menant de la gare de Guin (Düdingen en allemand) à celle de La Poya, et permettant aux jeunes curieux – ainsi qu’aux moins jeunes! – de découvrir différents instruments de percussion. Le grand gong asiatique attire évidemment notre attention.
Quelques minutes plus tard, nous voici à l’entrée des Grottes de la Madeleine. La vue de ces énormes « trous » dans la roche friable est impressionnante. On les repère d’ailleurs facilement depuis l’autoroute quand on traverse la Sarine en direction de Berne, et je parie que plus d’un automobiliste s’est déjà demandé quels étranges mystères pouvaient bien se cacher dans ces grottes.
Phénomène assez rare en Suisse pour qu’on le mentionne: l’entrée des grottes est gratuite. Un flyer touristique nous informe sur l’histoire du lieu. L’existence d’un habitat d’ermite à cet endroit est attestée depuis le 15e siècle. Mais ce sont les ermites Jean Dupré et Jean Liecht qui, entre 1680 et 1708, creusent les tunnels actuels d’une longueur de 120m au total. La chapelle est inaugurée en 1691. Les grottes sont ensuite habitées tour à tour par des groupes de religieux, des ermites, des familles retirées et quelques solitaires… Le dernier habitant – peut-être un hippie? – a quitté les lieux en 1967. Depuis, les grottes appartiennent à la commune de Guin, qui a réalisé d’importants travaux d’assainissement entre 2005 et 2006 afin d’en permettre l’accès aux visiteurs.
C’est par la chapelle que l’on entre dans les grottes. La fraîcheur de la pierre est bienvenue après la chaleur de l’extérieur. Quand on pense aux deux ermites qui ont taillé la roche, on ne peut être qu’impressionné par la hauteur du plafond, les murs lézardés, le volume de la pièce… Des graffitis variés rappellent les noms des visiteurs qui se sont succédé en ces lieux de siècle en siècle. Derrière l’autel, on accède à la salle du clocher, où on ne résiste pas à l’envie de tirer sur la corde pour faire sonner la cloche. La sacristie est une étonnante maisonnette en bois construite à même le rocher, on la distingue sur la photo ci-dessus.
Depuis la chapelle, on accède aux autres pièces de l’ermitage. Elles se suivent en enfilade avec des ouvertures qui permettent de profiter de la belle vue sur le lac de Schiffenen. La cuisine impressionne par son four et sa cheminée, dont la chaleur alimentait également le chauffage de la pièce voisine. Il ne reste rien du deuxième étage de la cuisine, utilisé probablement pour stocker les vivres. Seules les encoches dans la pierre indiquent les endroits où les poutres en bois venaient soutenir le sol de la pièce supérieure.
Après la cuisine, on traverse plusieurs salles de réunion, dont la pièce principale avec ses fenêtres en vitraux. Enfin, au fond du dédale, on découvre l’ancienne chambre d’ermite, une pièce en bois à l’intérieur d’une salle de pierre. On tente de fermer les yeux et de s’imaginer quelques meubles spartiates, des vêtements de moine accrochés à un cintre, des draps de lit, un pot de chambre (?)… Le mystère reste entier sur ce lieu qui ne nous révèle que très peu de son histoire – mystique, spirituelle, un peu sordide quand même? On sait que l’ermitage a été le théâtre d’un meurtre perpétré par un voleur en 1906, quelques jours après Noël. Lisez ici pour les détails de cette sombre histoire.


Après une visite des sous-sols de l’ermitage, où l’on trouve une source d’eau fraîche qui abreuvait les habitants des lieux, on quitte la fraîcheur du rocher pour reprendre le chemin du retour. La vue de l’autoroute et des habitations modernes nous parachute un peu brutalement dans la réalité de notre monde moderne. Plus d’ermites vivant dans la simplicité et au pouls de la nature – bienvenue au 21e siècle! Heureusement, l’ombre des arbres et les rayons de soleil qui traversent le feuillage nous rappellent que la spiritualité n’a pas complètement disparu de ce monde…
Le chemin du retour nous fait passer par la passerelle piétonne du viaduc de Grandfey. Long de plus de 340m, le pont originel a été construit en fer au 19e siècle pour permettre le passage de la ligne de chemin de fer entre le Lac de Constance et Genève. L’arrivée des trains électriques et l’accélération du trafic conduisent à la transformation du pont en béton, entre 1925 et 1927. Fait étonnant, la carcasse métallique du premier pont est utilisée pour construire le pont en béton, ce qui permet aux trains d’utiliser le pont pendant toute la durée des travaux. La passerelle pour les piétons, située juste sous les voies, est conservée. Les vibrations ressenties lors du passage d’un train sont stupéfiantes.


D’un pont ancien à un pont moderne, nous terminons notre promenade par une vue plongeante sur le tout nouveau Pont de la Poya. Inauguré en 2014, il s’agit du plus long pont à haubans de Suisse. Long de 852m au total, le pont a permis de désengorger le centre de Fribourg et de diminuer le niveau de pollution qui endommageait petit à petit les édifices historiques de la ville.








