L’été indien semble bien décidé à jouer les prolongations. Le soleil brille et le thermomètre affiche une vingtaine de degrés, tandis que les arbres se dénudent et les feuilles mortes crissent sous les pas. Il n’en faut pas plus pour motiver de longues promenades automnales.

Quelques jours de vacances en cette fin du mois d’octobre m’incitent à partir à la découverte du fleuve préféré des Bernois: l’Aare.
Jaillissant de sa source dans les Alpes bernoises, l’Aare traverse le canton de Berne du sud-est au nord-ouest en se mouillant tour à tour dans les eaux du lac de Brienz, de Thoune puis de Bienne. Il fait ensuite une boucle à travers les cantons de Soleure et d’Argovie (Aargau en allemand), pour finalement se jeter dans le Rhin marquant la frontière entre la Suisse et l’Allemagne. Avec ses 291 km, l’Aare est le plus long fleuve entièrement suisse. Le nom Aare vient d’une langue celtique et trouve son origine dans le mot latin « Aurora ».
Seul un tout petit bout du fleuve entre les villes de Bienne et Soleure est utilisé aujourd’hui pour le transport fluvial. Sur le reste du parcours, vous aurez plus de chance de croiser des embarcations pneumatiques et des nageurs téméraires. En effet, l’Aare est très prisé des amateurs d’adrénaline qui se laissent porter par le courant relativement rapide du fleuve.
Mais en cette période de l’année, les eaux turquoise de l’Aare et les plages de cailloux blancs sont délaissées par les baigneurs. Ce sont cette fois les rives du fleuve, avec leurs couleurs automnales chatoyantes, qui attirent les promeneurs comme moi.



Un chemin pédestre longe l’Aare entre les villes de Berne et de Thoune. Je décide de faire une partie de ce chemin en descendant l’Aare de Münsingen jusqu’à Berne. Une bonne promenade d’environ 3h de marche au total. Je rejoins d’abord la petite commune de Münsingen en train régional depuis Ostermundigen (oui, les noms des communes à l’est de Berne finissent quasiment toujours en -gen, allez savoir pourquoi…). Depuis la gare, on traverse de jolis quartiers sur une route peu fréquentée jusqu’à la forêt. Là, on passe le pont de l’autoroute pour rejoindre en contrebas un chemin de terre au bord du fleuve.
Les premiers kilomètres de promenade entre Münsingen et Rubigen ne sont pas folichons. La rive n’y est pas vraiment aménagée, le chemin est assez loin de l’eau, et surtout vous longez non seulement l’Aare mais aussi l’autoroute Berne-Thoune… Même si on ne le voit pas, le bruit du trafic est omniprésent. Dommage pour la beauté de la nature. Je vous conseillerais presque de commencer la promenade à Rubigen (le train régional s’y arrête aussi).


Un peu plus loin, vers Allmendingen environ, le bruit de l’autoroute s’éloigne enfin et la nature devient plus « sauvage ». L’Aare s’y sépare en deux bras et vous longez un courant plus tranquille avec des rives plus fournies en végétation. Les herbes hautes se balancent dans le vent, l’eau scintillante est animée de petites cascades… Le chemin se fait bucolique, avec de petits ponts en bois, et des places de pique-nique invitant à la détente. La proximité de l’aéroport de Berne-Belp qui se trouve sur l’autre rive de l’Aare permet en plus d’observer le ballet incessant des objets volants de toutes sortes.
Après deux bonnes heures de marche, vous rejoignez la commune de Muri (en voilà une qui fait exception à la règle du -gen) et vous commencez à croiser de plus en plus de randonneurs et de cyclistes. En effet, le chemin entre Muri et Berne est nettement plus fréquenté. C’est aussi la partie de la promenade où la forêt automnale se montre sous ses plus beaux atours.



Juste avant Muri, vous pourrez admirer le pont en bois couvert nommé Auguetbrücke. Son histoire vaut le détour. A l’origine, ce pont datant de 1836 traversait l’Aare vers Hunzigenau pour faciliter le transport agricole. Mais dans les années 1970, l’avènement d’une route nationale en cet endroit exige la construction d’un pont en béton plus solide. Le pont de Hunzigenau devient superflu. Pour ne pas devoir détruire une si belle construction en bois, l’Etat décide de le déplacer. C’est ainsi que le pont de Hunzigenau devint en 1974 le pont de Auguet et permet aujourd’hui aux randonneurs de rejoindre la rive de Belp depuis Muri. Il est protégé et classé comme bien culturel d’importance régionale… ce qui ne l’empêche malheureusement pas d’être assailli de graffitis.
Après 3h de marche, j’arrive enfin à Berne, plus précisément au Tierpark Dählhölzli. Ce petit zoo est parfait pour une sortie avec des enfants. Je me souviens l’avoir visité des tonnes de fois avec mes grands-parents bernois… Une partie du zoo est non-payante et se trouve justement le long de l’Aare. On peut y admirer de près des animaux de la région, du sanglier au chamois en passant par le bouquetin et la chèvre à bezoard (qui me fait inévitablement penser à Harry Potter, les initiés comprendront…). Le héron cendré, un intrus au milieu des animaux du zoo, fait partie de la faune locale.


Ma promenade se termine par un bon café au restaurant du Tierpark, tandis que mon regard suit les vaguelettes incessantes du courant méditatif de l’Aare. De quoi vous ressourcer, littéralement.