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Espagnole d’un jour

Voilà au moins deux ans que ma belle-mère travaillait avec acharnement à restaurer le costume de fête de son aïeule. De feston en feston, de paillette en paillette, elle ne cessait de me répéter: « Quand j’aurai fini, il faudra que tu le portes et qu’on te prenne en photo ».

C’est ainsi que j’ai eu l’occasion, pendant nos vacances d’automne à Salamanca, de porter pendant un après-midi les couleurs traditionnelles des charras de la province de Salamanca, plus précisément celles des Arribes del Duero, région d’origine de ma belle-mère. Le costume des charras est réputé être un des plus richement décorés d’Espagne. L’appellation « charro » dénomine toute la région autour de la ville de Salamanca.

Le costume charro se porte traditionnellement lors des festivités des villes et des villages. Il en existe une grande variété dans toute la province, autant au niveau des couleurs que des broderies. Leur point commun: des tissus lourds et brillants, des broderies de paillettes opulentes en forme de fleurs et d’arabesques, des bijoux dorés avec des pendentifs en forme de croix et les traditionnels boutons « charro« , une coiffure élaborée avec des chignons sur le côté et un voile retenu par des épingles à cheveux dorées.

Mais voyons en détail la composition de ce magnifique costume. Il m’aura fallu un peu plus d’une heure pour me vêtir de pied en cap, coiffure comprise. Le costume entier pèse environ 4 kilos. Autant dire que j’ai été plutôt chanceuse de le porter en septembre alors que le thermomètre n’affichait que 20 degrés… et que je n’ai pas dû exécuter de pas de danse ou agiter de castagnettes ainsi vêtue.

Après avoir enfilé un jupon blanc de coton et des bas blancs jusqu’aux genoux, je me suis glissée dans une jupe en laine lourde et richement brodée, el manteo. Sur le haut, j’ai enfilé une chemise noire rigide, la jubona, fermée sur le devant par des lacets. Les poignets, los puños, en velours noir brodé de paillettes dorées, sont fixés directement sur les manches de la jubona. Autour de la taille, on m’affuble d’abord d’une petite pochette en velours noir brodée de paillettes, la faltriquera. Elle est toujours portée du côté droit et sert surtout à maintenir en place un petit mouchoir blanc rebrodé (respectivement le téléphone portable des charras modernes). Ensuite, las cintas sont également fixées autour de la taille: il s’agit de deux longs rubans de tissu richement brodés qui tombent dans le dos, quasiment jusqu’à l’ourlet de la jupe, et de deux rubans plus courts sur lesquels sont généralement brodées les initiales de la créatrice du vêtement (dans ce cas il s’agit des initiales de la mère de ma belle-mère). Enfin, pour terminer le bas du corps, il ne manque plus que le tablier, el mandil, qui vient se poser sur le devant de la jupe.

Un châle de coton blanc, el pañuelo, vient se placer sur les épaules. Il se termine en arcs de cercles qui viennent se poser délicatement sur le haut de la jupe. Enfin, el dengue ou el crucero vient se croiser sur la poitrine et se fixe dans le bas du dos. Il s’agit d’un tissu lourd et épais rehaussé d’opulentes broderies. Il laisse entrevoir el pañuelo sur les épaules et le bas du dos. Pour terminer le tout, le cou est entouré d’une grande variété de colliers dorés, l’un appelé la gargantilla se portant très près de la gorge.

Les cheveux sont peignés de la manière suivante: la raie est marquée au milieu du front, les cheveux bien étirés sur les côtés. Sur l’arrière de la tête, les cheveux sont traditionnellement tressés puis arrangés en un chignon haut placé. Sur les côtés, deux chignons formés de fines tresses sont fixés au-dessus des oreilles. Aujourd’hui, la plupart des charras portent – comme moi! – de faux chignons tressés fixés par-dessus leurs vrais cheveux. Enfin, un voile fin, el velo, vient se placer entre les trois chignons. Il est maintenu en place par deux longues épingles à cheveux dorées. D’autres épingles viennent se fixer dans les chignons de côté, et doivent être placées le plus près possible du visage pour bien l’encadrer.

Ainsi affublée, j’ai fait les cent pas pour le photo-shooting sur le pont romain et la place devant l’église Santiago de Arrabal le long du Tormes. Pour la plus grande joie des touristes qui passaient par là! J’avais beau leur dire que je n’étais qu’une Espagnole d’adoption… Ils n’en eurent cure et me mitraillèrent avec leur téléphone portable. Je finirai dans leur album photo comme une charra authentique… J’avoue que j’en suis un tout petit peu fière quand même… Voilà très exactement 18 ans que j’ai mis les pieds dans cette ville pour la première fois. Je n’oublierai jamais ma toute première promenade à travers la vieille ville et la découverte de l’éclat doré si particulier des rayons de soleil sur les murs en pierre de Villamayor. Cette lumière, je la retrouve avec bonheur à chacune de mes visites dans cette magnifique ville qui m’est tellement familière: ses sons, ses odeurs, ses ambiances… Oui, je m’y sens définitivement chez moi. Alors, Espagnole d’un jour – ou plutôt: Espagnole de coeur.

Nuestra vida sin dudarlo es una esperanza que se convierte constantemente en memoria y el recuerdo es capaz de engendrar esperanza.

Notre vie est sans aucun doute un espoir qui se transforme constamment en souvenir. Et à son tour, le souvenir est capable d’engendrer l’espoir.

Miguel de Unamuno

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