Vert: comme le printemps qui s’éveille et les plantes qui s’étirent sous nos fenêtres, en dépit des virus qui courent et des portes fermées. Vert: comme le fond de ces bouteilles qu’on est bien obligé de boire seul, peut-être devant skype pour se donner l’illusion d’un peu de contact social. Vert: comme cette peur ou cette rage qui nous prennent aux tripes devant le nombre de décès qui ne cesse d’augmenter. Vert: comme l’espoir. Celui qui fait vivre. Celui qui nous fait dire qu’il faudra bien qu’on en sorte, de ce film de science-fiction qui n’en est pas un.
Mais vert, c’est aussi la couleur de ma dernière création textile. Et si elle est verte, c’est en réalité pour une raison complètement différente: il s’agit en fait de la réplique d’une jupe que je portais dans la dernière pièce de théâtre que j’ai jouée au Zytglogge-Theater entre novembre et décembre 2019. Les photos suivantes ont été prises pendant l’une des répétitions au mois d’octobre 2019. La lumière est trompeuse: la jupe était bel et bien d’un beau vert sapin brillant.
J’ai adoré jouer le rôle de la veuve éplorée, hystérique et un brin psychotique dans cette jupe verte qui virevoltait au moindre de mes mouvements. Je savais qu’elle allait me manquer après les 24 représentations de Agatha Christie’s Hobby ist Mord… Et c’est ainsi que j’ai décidé d’en coudre une réplique plus ou moins fidèle pour pouvoir la porter lors de la fête de Nouvel An, juste après la dernière représentation de la pièce. Malheureusement, un méchant virus – une grippe normale, à l’époque où on faisait encore des grippes normales – m’a clouée au lit le 31 décembre, m’obligeant à jouer la dernière représentation quasiment sans voix et complètement shootée au paracétamol… La jupe est restée à l’état d’ébauche, et la fête de Nouvel An s’est terminée très tôt pour moi.
Quelques mois plus tard, je ressors enfin la jupe entamée et décide de la terminer. Le modèle est une jupe trapèze très simple, tirée du magazine Fait Main n°420 de janvier 2017 (modèle B). Comme je n’ai pas envie de couper le pan arrière en deux, je décide de monter la fermeture éclair sur le côté gauche. Le tissu choisi est une viscose chatoyante et brillante, à l’aspect satin, très agréable à coudre. J’utilise également une doublure, que je choisis noire, de la marque Venezia comme d’habitude.
Après avoir monté la jupe et sa doublure, je constate que le tissu viscose est tellement fluide que la jupe manque de volume. Je décide alors d’ajouter une couche de tulle fin noir. Je double le tour de taille du patron de la jupe afin de pouvoir froncer la jupe en tulle à la taille. Je la prends entre la doublure et le tissu extérieur.
La ceinture est droite et prend bien la taille. J’aurais pu la faire encore un brin plus serrée, c’est toujours difficile de savoir ce que cela va donner une fois la fermeture éclair posée.
Une jupe aussi glamour aurait mérité un arrière-plan digne de ce nom pour le photo-shooting. Malheureusement, avec le semi-confinement dû au Covid-19, nos promenades se sont réduites au strict minimum. La cour de récréation du collège abandonné en face de chez nous a dû faire l’affaire. Nous ne croisons pas un chat, malgré le soleil de printemps. Ambiance lugubre. Heureusement que ma jupe est verte. Il y a une lueur d’espoir.













