S’échapper deux jours de mon quotidien Corona et visiter un autre atelier que mon atelier de couture: voilà le projet de notre escapade du 30 au 31 octobre 2020 au centre de cours d’artisanat à Ballenberg, au fin fond du canton de Berne. Au programme: réaliser de A à Z un vrai snowboard. Avec de la sueur, du muscle et même du sang (!).
Je pose le décor d’abord: Ballenberg, c’est un endroit bucolique entre Brienz et Meiringen, à environ 1h de Berne en voiture. On y trouve un musée en plein air regroupant des bâtisses traditionnelles des quatre coins de la Suisse. A visiter absolument si vous passez par là (on y passe rarement par hasard…). A l’entrée ouest du parc se trouve le Kurszentrum Ballenberg, un centre de cours avec un programme alléchant. On peut y apprendre de tout, de la forge au tournage sur bois, en passant par la reliure et la sellerie, sans oublier le découpage de papier traditionnel ou l’ancien savoir-faire du tavillonnage. C’est en bavant de curiosité devant ce programme de cours éclectique que j’ai pris l’initiative, en février 2020, d’offrir à mon homme le cours de Ski- und Snowboard Bauen pour son anniversaire.
Quelques semaines avant la date du cours, nous tremblions de savoir si le corona allait une fois de plus saper tous nos plans. Que nenni, nous sommes chanceux, le cours a lieu! Avec masques et concept de protection, évidemment, et à moins de 15 personnes dans la salle. Mais cela ne nous décourage pas, bien au contraire: nous savourons la possibilité de retrouver un peu de contact social. Tous les cours du Kurszentrum ont lieu en allemand. Mais je recommande aux Romands de ne pas s’arrêter à ce petit détail. Les explications sont tellement visuelles que Héctor n’a aucune peine à les suivre.
Le cours est donné par des formateurs de l’entreprise ENLAIN de Laax. Dans la quatrième langue nationale de suisse, le romanche, en lain signifie « en bois ». Toutes les planches construites par les participants des cours de ENLAIN – que ce soit des skis, des snowboards, des surfs ou des skates – sont en bois. D’une esthétique à couper le souffle.
Héctor commence la première journée de cours avec un simple bout de plastique mou coupé en forme de snowboard, et deux longues barres de métal qui formeront les carres. A la fin de la deuxième journée, il tient fièrement en mains son snowboard fait maison. Mais de l’étape AVANT à l’étape APRÈS, il y a du boulot! Suivez les explications…
Premier jour
On commence par fixer les barres de métal sur le bord du plastique qui formera le dessous du board. Un peu de colle rapide maintient les carres bien en place pour la suite des opérations.
On découpe ensuite à la bonne mesure le bois qui formera le coeur du snowboard. On prépare également la couche supérieure du board, une fine couche de placage en bois naturel. Ce qui complique les choses, c’est qu’il faut assembler deux planches pour la largeur du board. De la précision est exigée lors du découpage et du rabotage pour un assemblage parfait…




Le dessous du board est soigneusement nettoyé puis recouvert de gros scotch brun pour le protéger. Le board est ensuite fixé dans le moule qui lui donnera sa forme courbée. On vérifie si on a bien toutes les couches pour former le sandwich: sur le plastique noir viendront d’abord deux couches de fibres naturelles, tissées dans deux sens différents afin de donner toute sa souplesse au board. La planche de bois naturel – plus épaisse au milieu – viendra se placer par dessus, puis une couche de fibre de verre, et enfin la couche de placage en bois.
Lorsqu’on est assuré que toutes les couches du sandwich sont prêtes, on prépare la masse d’epoxy – un mélange de résine et de durcisseur – pour assembler toutes les couches. Une fois la masse d’epoxy mélangée, il faut travailler rapidement. L’epoxy est réparti généreusement (mais pas trop!) entre chaque couche du sandwich.






Une fois toutes les couches assemblées, le futur board est placé dans un grand sac en plastique, puis mis sous vide. Le sac est placé avec sa pompe dans une salle chauffée pendant toute une nuit. A ce stade, s’il y a un trou dans le sac ou si la pompe cesse de fonctionner pendant la nuit… tout est fichu.
C’est donc avec un peu d’appréhension quand même – mais surtout très fatigués! – que nous allons au lit ce soir-là… Que nous réservera la deuxième journée?! Quel suspense!!
A suivre…










