Créations

Costumes en noir et blanc

En novembre 2022, j’ai à nouveau l’occasion de coudre pour la scène! Et cette fois, c’est un beau défi qui m’attend: il s’agit de coudre ni plus ni moins de 10 costumes exactement pareils pour une pièce futuristique en noir et blanc. Je m’embarque pour une aventure incroyable avec de longues nuits blanches dans mon atelier de couture…

Les dix comédiennes et comédiens de la pièce « The Giver » lors du premier essayage des costumes.

C’est la troupe anglophone Upstage qui monte en novembre 2022 la pièce The Giver. L’histoire est tirée du roman éponyme de Lois Lowry, adapté pour la scène par Eric Coble. Dans un univers dystopique, toutes les émotions ont été supprimées. Il n’y a plus de couleurs, plus de diversité, plus d’individualité: tout le monde se ressemble. Plus personne ne se souvient du passé, de l’histoire, des saisons, de la guerre… ou de l’amour. Plus personne sauf le Passeur – « The Giver ». C’est à lui seul que revient toute la mémoire de l’humanité, et il est condamné à devoir la passer à un autre élu avant de pouvoir quitter ce monde. Le jeune Jonas est choisi pour être le prochain Passeur. Il sera confronté à tous les souvenirs du Passeur et ouvrira les yeux sur un autre monde, sur un autre possible. Saura-t-il y résister? Ou finira-t-il comme la dernière élue, celle dont plus personne ne parle?

Pour mettre en costumes cette belle histoire, les deux co-metteurs en scène me demandent de réaliser des vêtements tout en blanc, gris et noir. Des casaques strictes quasiment militaires, des étoffes raides, des boutons noirs, des poches: voici les détails vestimentaires qui reflèteront le monde hyper-hiérarchisé de cet univers dystopique. Je me mets à l’ouvrage!

Le patron pour la chemise des hommes est tout trouvé. Il s’agit d’une chemise toute simple du magazine Burda Style de juin 2011. Je dois bien sûr la modifier un peu pour qu’elle corresponde aux souhaits des co-metteurs en scène. Je supprime la parementure devant et je la remplace par une boutonnière tout le long du milieu devant. La chemise est agrémentée d’une poche plaquée sur le côté droit, suffisamment grande pour permettre au comédien d’y glisser des accessoires. Je prolonge également les manches, qui sont de longueur 7/8 sur ce modèle de Burda.

Le tissu choisi est un denim gris avec un peu d’élasticité. Les co-metteurs en scène souhaitaient que les vêtements aient un aspect militaire strict, rigide. Le denim s’y prête parfaitement. En plus, il était soldé à moins de 15.- par mètre dans mon magasin préféré sur internet. Parfait pour ce projet! Il me faut exactement 6 mètres de tissu pour les 4 chemises, de tailles 48 à 52.

Le pantalon blanc est une trouvaille dans un bazar chinois en Espagne: pour 15 euros le pantalon… Ouf, cela m’évite de devoir coudre 4 pantalons blancs!

Le Passeur étant le seul personnage qui ose défier les règles de la ressemblance dans cette société du futur, il porte un cardigan gris. Je le coupe dans un tissu synthétique qui ressemble à une peau de mouton. Cela donne au Passeur un petit look de « berger » que je trouve tout à fait adéquat! Le modèle vient aussi de Burda, de janvier 2013. Il est tellement simple qu’il ne se présente même pas sous forme d’un patron à copier: le magazine donne juste les mesures et vous devez dessiner le patron vous-même. Aucune difficulté, le modèle est très vite réalisé.

Enfin, pour le costume des 6 dames, je choisis d’abord le patron d’une robe droite avec des manches à tête plate, en pensant que ce serait plus simple que des manches montées: mais les emmanchures descendues donnaient un aspect trop relâché – pas du tout le côté militaire souhaité. Je change donc de patron et je jette mon dépourvu sur un modèle tout simple du magazine Fashion Style: une robe légèrement cintrée, sans fioritures à part une pince de poitrine.

Le magazine présente le modèle avec des découpes dans plusieurs tissus différents, ce à quoi je renonce bien sûr. Je découpe le dos en une pièce, sans fermeture éclair, tandis que j’ajoute une boutonnière sur le milieu devant. Ainsi, les robes auront exactement le même look que les chemises des hommes, tel que souhaité par les co-metteurs en scène. Les dames porteront la robe jusqu’aux genoux, avec des collants blancs trouvés dans le commerce. Pour réaliser les 6 robes dans des tailles diverses – du 38 au 50 – il me faudra environ 15 m de tissu (en comptant le raté de mon premier patron qui ne convenait pas…). Heureusement que le polyester choisi est vendu à environ 5 francs le mètre..!

Pour ajouter à l’aspect futuristique des costumes, un badge indique à quelle fonction sociale chaque personne appartient. Je découpe les formes dans de la feutrine grise et noire et je les applique sur la poitrine de chaque costume. Le badge en forme de cercle indique qu’il s’agit de jeunes personnes à qui la communauté n’a pas encore assigné de tâche spécifique. La photo ci-dessus représente d’ailleurs la cérémonie d’assignation des tâches.

Le résultat sur scène est à la fois crédible et un peu angoissant… Comme il se doit pour une illustration dystopique de l’avenir! De manière générale, je suis très contente de l’aspect final de mes costumes: l’effet « film en noir et blanc » est saisissant, et les comédiens ont vraiment tous l’air pareils. Pari réussi!

Par contre, je peux vous dire que mes prochaines créations seront pleines de couleurs, parce que franchement, après tout ce gris… 🙂

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